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Lettre ouverte sur la gestion de l’ONATEL-SA

vendredi 13 mai 2011, par Bruno JAFFRE

Bonjour à tous,

L’ONATEL, jadis fleuron de l’économie nationale, se meurt quatre années seulement après sa privatisation. Nous venons solliciter votre contribution citoyenne pour la publication de notre lettre ouverte afin d’interpeller l’ensemble du peuple burkinabè sans exclusive sur la gestion de l’ONATEL. En tant qu’opérateur historique, l’ONATEL est l’épine dorsale des télécommunications au Burkina, et s’il est en difficulté, c’est le secteur qui prendra un coup. Si nous ne faisons rien aujourd’hui, demain sera tard et les conséquences incalculables pour le Burkina tout entier. C’est pourquoi nous venons, par la présente lettre ouverte, interpeller l’ensemble des Burkinabè sur la question. Comme le disait Norbert Zongo, « le pire, ce n’est pas la méchanceté des gens mauvais, mais le silence des gens bien ». 
Cordialement.

29 décembre 2006-29décembre 2010 : 4 années de gestion de l’ONATEL par Maroc TELECOM, quel bilan en tirer ?

Les peuples n’ont d’amis, mais des intérêts, dit-on. Nous faisons nôtre cette maxime ; c’est pourquoi cette lettre ouverte au peuple burkinabè sans exclusive.

Nous sommes des agents ONATEL et qui mieux que nous, acteurs internes de l’entreprise, pour interpeller qui de droit sur sa bonne gestion. Notre souci est d’ameuter tous les Burkinabè sur la question car au-delà des apparences, l’ONATEL se meurt à petit feu.

Comparaison n’est pas raison, mais le schéma dans lequel l’ONATEL s’est inscrit après sa privatisation est comparable aux deux exemples suivants :

Ø Le cas d’Air Sénégal international

Si certains se rappellent, l’Etat sénégalais a privatisé, il y a quelques années, sa compagnie aérienne nationale, l’une des meilleures compagnies de la sous-région, avec comme partenaire stratégique, Royal Air Maroc (RAM). Après quelques années d’exploitation, l’Etat sénégalais s’est retrouvé sans compagnie, et pire, avec une dette abyssale. Pourtant, la compagnie était bien rentable, mais seule la RAM s’en est tirée à bon compte. Et l’Etat sénégalais se bat aujourd’hui avec mille et une difficultés pour reconstituer une nouvelle compagnie aérienne.

Ø Le cas des promoteurs de taxis à Ouaga

Pensant faire de bonnes affaires en achetant un taxi et en le confiant à un conducteur, certains promoteurs ont fait l’amère expérience de leur vie. Non seulement ils n’ont pas eu d’argent, mais pire, ils se sont retrouvés avec un véhicule sur cale.

Avant de décrire ce qu’est l’ONATEL après quatre années seulement de privatisation, permettez-nous quelques rappels pour que tout le monde soit au même niveau d’informations.

- L’Etat burkinabè a cédé 51% du capital à Maroc Telecom le 29 décembre 2006 pour la somme de 144 310 540 000 F CFA. Nous ne reviendrons pas sur cette cession, même si dans certains milieux, il y a beaucoup de révélations. Le vin est tiré, il faut le boire et assumer les conséquences.
- Entre le 22 décembre 2008 et le 31 janvier 2009, cession de 20% des actions à des Burkinabè (personnes physiques et morales) à travers une offre publique de vente, soit environ 29,068 milliards.
- L’Etat détient à ce jour 29% du capital et envisage de céder 6% au personnel.

Après quatre années de privatisation gagnant-gagnant avec Maroc Telecom, l’ONATEL-SA se caractérise par les traits suivants :

1- L’ONATEL, un foyer de mécontentement généralisé 

Après quatre ans de gestion de Maroc Telecom, l’ONATEL est caractérisé aujourd’hui par un mécontentement généralisé de ses partenaires sociaux.

Au niveau du personnel : ce mécontentement se traduit par une démotivation généralisée, l’inquiétude, le stress et des démissions. Depuis la privatisation, l’ONATEL a perdu plus de cinquante (50) cadres dont le plus illustre est l’ancien DG, Sanfo Moussa

Au niveau des fournisseurs : combien sont les fournisseurs qui regrettent aujourd’hui d’avoir noué des relations d’affaires avec l’ONATEL ? Non content du fait que les factures des fournisseurs se renégocient après prestations, pour certains, c’est la croix et la bannière pour se faire payer. Ne parlons pas, dans ce climat, de délais. Heureux sont ceux qui se font payer. En mai 2010, la SONABEL a coupé le jus de l’ONATEL pour factures impayées.

Au niveau des clients : il faut prier Dieu pour ne pas tomber en panne quand on est client ONATEL. Surtout clients du fixe et Internet. Si son activité est tributaire d’une ligne fixe, il vaut mieux déclarer en faillite dès lors que l’on est en panne. Ne jetez surtout pas la faute au personnel. Soit il n’y a pas de véhicule pour la sortie des techniciens ou, le plus souvent, il manque le matériel de travail. Tout est fait pour laisser inexorablement le fixe mourir parce que les investissements sont lourds et coûteux. Pourtant, on ne peut pas développer et promouvoir Internet sans la filaire. Nous ne pouvons parler de développement aujourd’hui en occultant les NTIC.

Au niveau des actionnaires : seul Maroc Telecom semble tirer les marrons du feu. L’Etat, ce mastodonte sourd, semble être insensible à la bonne gestion de l’ONATEL. Mais dans certains milieux comme les Impôts, des voix s’élèvent pour dénoncer l’évasion fiscale organisée et les pertes de recettes pour l’Etat après la privatisation.

Quant aux petits actionnaires de la BRVM, l’évolution du titre depuis l’introduction en bourse ne les rassure pas. Alors que le secteur des télécommunications est assez porteur. Pire, l’ONATEL est la première entreprise du Burkina à être cotée en bourse et l’image de l’ONATEL sera l’image de tout le Burkina sur cette tribune économique.

2- La gestion de l’ONATEL ou le silence coupable des Burkinabè

Nous, Burkinabè, sommes caractérisés par notre légendaire attentisme qui veut que le pire se produise avant de réagir. Souvent, on ne se remet pas du pire, ou même avec plus de chance, c’est assez difficilement.

La gestion de l’ONATEL, c’est assez symptomatique et illustratif :

Ø Le silence coupable du personnel et du syndicat

On se rappelle de la fermeture, en fin 2008, pendant douze (12) jours de l’ONATEL pour fait de grève. Le personnel, par ce canal, a traduit son mécontentement sur la mauvaise gestion des Marocains après deux ans de privatisation de l’entreprise. Un mémorandum avait du reste été soumis par le syndicat, sur la question, au gouvernement. Après avoir obtenu la reprise du travail, avec promesse de donner suite aux différentes récriminations dénoncées par les travailleurs, le gouvernement semble avoir mis ce mémorandum à la poubelle. Après ces attentes déçues, le syndicat s’est muré dans une léthargie bien que la situation de l’entreprise soit pire que celle de 2008. Le rôle du syndicat n’est-il pas de défendre les intérêts physiques et moraux des travailleurs ?

Ø Le silence coupable de l’Etat

L’Etat burkinabè est représenté au Conseil d’administration de l’entreprise par quatre administrateurs et en assure même la présidence. Mais, pour quelques millions (20 millions par an et par administrateur selon certaines informations), certains Burkinabè préfèrent se la couler douce au détriment des intérêts du pays. Ou même si ce n’est pas le cas, on ne sait pas défendre, au mieux, son pays. Les états financiers de l’ONATEL ont toujours été maquillés et c’est insulter la conscience collective que de nous dire que l’on ne peut pas trouver de compétences burkinabè pour voir clair dans ces états. Pire, l’Etat semble ignorer les sorties de devises vers le Maroc.

Et avec l’arrivée, au Burkina, de la nouvelle banque (CBAO), banque marocaine, il y a de quoi voir encore moins clair. Voici des gens qui ont de la suite dans les idées parlant des Marocains. Irresponsabilité, quand tu nous tiens !

Ø Le silence complaisant de l’Assemblée nationale

L’Assemblée nationale est l’œil, l’oreille et la bouche de tous les Burkinabè. Et les députés connaissent mieux que quiconque la situation de l’ONATEL de nos jours. Mais pourquoi ce silence, sans interpellation du gouvernement ? Qui mieux que l’Assemblée nationale pour le faire et demander le bilan de la privatisation de l’entreprise ? Et, au-delà des réponses de conformisme (les ‘’toujours çà va’’ même si c’est le pire) apportées par le gouvernement, creuser et mettre les problèmes en plein jour et les résoudre ?

Ø Le silence complice de l’autorité de régulation (ARCE)

L’autorité de régulation est censée être l’œil de l’Etat sur le bon fonctionnement technique du réseau de l’ONATEL, et devrait veiller au respect du cahier des charges. Que de dysfonctionnements techniques, que de coupures et de désagréments pour les clients ! Mais l’ARCE est muette comme une carpe, même si c’est elle qui a le pouvoir de châtier les manquements.

Ø Le silence coupable du comité de suivi de la privatisation de l’ONATEL

Après la privatisation de l’ONATEL, l’Etat, dans un souci noble de suivi de l’entreprise, a créé en Conseil des ministres, le 11 avril 2007, un comité technique de suivi de l’ONATEL (CTSO) privatisé et, à la date du 9 janvier 2008, nommé les membres dudit comité. Voici un extrait dudit Conseil des ministres : « Le comité technique est une structure de mission avec comme tâches principales, le suivi de l’exécution des engagements des parties (Etat, Maroc Telecom, autres actionnaires) relatifs, entre autres, au plan social, au développement de l’ONATEL et au respect de la couverture téléphonique nationale prévue par le cahier des charges ».

9 janvier 2008 -9 janvier 2011. Cela fait trois (03) ans que ce comité est censé fonctionner. Nous nous demandons aujourd’hui si ce comité existe toujours et quel travail il fait.

Ø Le silence coupable de la société civile et des intellectuels

Quelle initiative la Ligue des consommateurs prend-elle pour défendre le consommateur ? Rien et absolument rien. Mais ce ne sont pas les plaintes qui manquent. Ecoutez quelques radios et émissions « AFFERAGE » de la place et vous aurez le pool des mécontentements des clients ONATEL.

Quant aux autres composantes de la société, notamment les intellectuels, c’est comme si de rien n’était. Malgré qu’ils soient clients, malgré qu’ils voient certaines évolutions dans le bon ou le mauvais sens, malgré qu’ils soient capables d’analyses stratégiques.

Ø Le silence coupable du chef de l’Etat

On dit que notre chef de l’Etat est proche du roi du Maroc. Cette proximité ou cette amitié ne doit pas être pour rien au monde au détriment des intérêts du peuple burkinabè dont il est le premier garant

3- En conclusion

Pour certaines questions importantes du Burkina, nous avons souvent l’impression que c’est un pays « laisse-guidon ». Citoyen lambda, société civile, presse, gouvernement, chef de l’Etat etc., personne ne se sent concerné ou interpellé. Pays de « S’en ma fout » ! Pouvons-nous bâtir une nation avec une conscience collective et individuelle en hibernation ?

En ce 21e siècle où toutes les nations se positionnent dans les combats économiques, notre posture de société attentiste ne peut plus prospérer.

Sachons-nous serrer les coudes quand il s’agit de nos intérêts communs, des intérêts de la nation. N’attendons pas que l’on nous avale avant de chercher à nous extirper. N’attendons pas que le pire arrive ou se produise avant de réagir. Burkinabè sans exclusive, la situation de l’ONATEL nous interpelle. En tant qu’opérateur historique, l’ONATEL est l’épine dorsale des Télécoms au Burkina et contribue à son développement. Et si l’ONATEL est enrhumé, tout le secteur prendra un coup et, par-dessus tout, toute l’économie du pays.

Maroc Telecom nous arnaque et, pire, est en train de mettre l’ONATEL sur cale.

Burkinabè sans exclusive, vous êtes interpellés, à tous les niveaux que ce soit. Ne laissons pas l’ONATEL, fleuron du patrimoine national, mourir.

Ont signé des agents ONATEL-SA, soucieux de la gestion du patrimoine national

Source : http://www.reporterbf.net/index.php/la-voix-des-sans-voix