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TRIBUNE LIBRE : Trois vérités gênantes sur le sommet mondial sur la société de l’information

mardi 17 janvier 2006, par Bruno JAFFRE

En novembre dernier s’est tenu à Tunis le sommet mondial sur la société de l’Information. Je pense que la question centrale du sommet a porté sur la gouvernance de l’Internet. Mais quelle Gouvernance ?

Un ensemble de mécanismes destinés à contrôler les dirigeants par les actionnaires et ainsi réduire leur espace discrétionnaire comme c’est le cas en gestion d’une finance d’entreprise ? Non je ne crois pas pour l’unique raison que ceux qui l’ont créé pour défendre la sécurité de leur liaison militaire, sont en même temps actionnaires et dirigeants. Dans ce cas, trois questions issues de ce Sommet me semblent des vérités autant gênantes qu’indéniables.

Première vérité : l’ONU n’est pas le grand chef de la Toile Qui va diriger le réseau Internet ? Qui va piloter ses évolutions ?

Les Etats-Unis, qui l’avaient créé initialement ou le reste du monde qui l’utilise aujourd’hui ? Un forum mondial sur la gouvernance de l’Internet a vu le jour pendant le sommet de Tunis. Mais, aura-t-il assez d’indépendance pour définir la plate-forme des travaux à réaliser ? La naissance de ce forum est une bonne et une mauvaise nouvelle à la fois.

Bonne, parce que jusqu’à présent un seul organisme surveillait le Web : l’Icann (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers). Cette société californienne a succédé au gouvernement américain dans l’administration d’internet. Son occupation principale est de vendre les noms de domaine, ces appelations en « .com », qui ouvrent les portes du réseau, mais aussi d’attribuer ou de créer des nouvelles terminaisons. L’Icann a du pouvoir plus que l’ONU en matière d’Internet. Elle pourrait en théorie bloquer toutes les adresses en « .fr » ou celle d’un autre pays. Mais le bémol est que la société n’a manifesté jusqu’ici aucun intérêt pour le bien-être des internautes : la lutte contre les virus, les spams et autres escroqueries qui pullulent ne l’ont jamais mobilisée. L’Icann a par ailleurs laissé les sociétés américaines comme Yahoo ! ou Google se développer en paix et pactiser avec des gouvernements dictatoriaux. L’Icann devrait en principe disparaître mais elle reste en place car les Etats-Unis ont refusé de l’abandonner. Le grand bémol, toutefois : quel poids pèseront les gouvernements considérés non démocratiques (Iran, Syrie, Cuba...) dans ce forum ? ce sont en effet les adversaires les plus opposés de la mainmise actuelle des Etats-Unis.

Deuxième vérité : Le poids du Web est faible dans l’espace médiale en Afrique.

Les médias d’Afrique utilisent très peu le Web. L’Afrique du sud et Les pays du Maghreb sont les plus pourvus notamment la Tunisie où s’est déroulé le sommet. En effet, rares sont les publications même quotidiennes qui ne disposent pas de leur propre site Web.

Les lecteurs de l’Afrique subsaharienne se contentent encore des publications sur papier à des milliers d’exemplaires. Il sera difficile pour ceux-ci d’être au rendez-vous du millénaire.

En occident, les journaux ont démultiplié leur impact grâce au Web.

En effet, Le « Financial Times », quotidien économique britannique diffuse en moyenne 430 000 exemplaires et touche 1.5 million de personnes sur Internet. Le FT est désormais en Amérique latine, où le journal n’est pas imprimé. Ou encore en Chine. Un site en mandarin permet de contourner les problèmes de censure et de distribution.

Troisième vérité : L’ordinateur à 100 Dollars sera difficilement sur le marché.

Il est d’avis commun de considérer que l’entreprise en principe ne fait pas du social. Dès lors, que sous-entend Nicholas Negroponte à travers ses ordinateurs à 100 dollars ? Aurait - il un penchant socialiste ? Je ne le pense pas.

M.Nicholas fondateur du MIT Media Lab, affirme être sur le point de produire un ordinateur à 100 dollars. Le prototype est dévoilé lors du sommet de l’ONU. Cinq pays, la Chine, le Brésil, l’Egypte, la Thaïlande et l’Afrique du sud, ont annoncé qu’ils en achèteraient 1 million d’exemplaires chacun. Le démarrage de la production est prévu en 2006.
Je crois que Le bonhomme compte sur d’importantes subventions qui amélioreraient son résultat final par un gonflement de son résultat exceptionnel. Mais si les subventions n’étaient pas aux rendez-vous, ce grand projet qui constitue l’une de rares retombées de ce Sommet pourrait certainement être compromis.

Et qu’inventera-t-on encore au prochain Sommet ?

Al hassane Yahya
Membre de l’équipe "Forum" du site Guideniger http://www.guideniger.com