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SMSI : CSDPTT ne sera pas à Tunis

lundi 7 novembre 2005, par Alain

CSDPTT ne sera pas à Tunis

Ce n’est pas une décision facile à prendre car CSDPTT est engagé activement depuis son tout début dans le processus du SMSI. Alors pourquoi cet « abandon de poste » ?
CSDPTT a toujours promu et soutenu son objectif prioritaire, à savoir le raccordement au réseau de télécommunications des villages et communautés éloignées et isolées des Pays en Développement (PeD). Nous avons fait de nombreuses contributions, techniques, économiques et financières, pour réaliser cet objectif, qui doit assurer l’accès aux TIC en fonction de leurs besoins aux populations concernées.
Mais la réalisation de cet objectif -présentée dans le cadre du SMSI- se fait dans le processus plus large de l’insertion de ces populations dans une société de l’information de leur choix. Et l’un des droits les plus inaliénables des populations concernées des PeD, c’est la liberté d’accès et de choix du contenu de la communication. C’est ce droit que mentionne explicitement la Déclaration des Principes, que les gouvernements ont signé au Sommet de Genève en 2003. Y compris le gouvernement tunisien.
Les ONG, qui avaient alors quelques craintes fondées sur les problèmes des droits aux libertés d’accès et de contenus rencontrés par les citoyens tunisiens du fait d’un régime autocratique, ont cependant pensé que le gouvernement tunisien allait progressivement relâcher son contrôle et ses atteintes graves contre les droits de l’homme pour préparer au mieux « le terrain » pour la tenue du Sommet et pour en assurer le succès.
Or la politique qu’a suivi le Président Ben Ali a été tout le contraire depuis le début de la deuxième phase du SMSI, et les atteintes graves à la liberté d’expression des citoyens tunisiens ont franchi de nouveaux degrés dans l’inadmissible. Ainsi a-t-on interdit le congrès constitutif du Syndicat de la magistrature et celui du syndicat des journalistes indépendants, tout en arrêtant et maltraitant (c’est un euphémisme) celles et ceux qui les soutiennent. Une atteinte inadmissible aux droits les plus élémentaires dans le domaine très précis du SMSI, en même temps qu’une rupture flagrante avec les engagements solennellement signés par le Président tunisien au Sommet de Genève.
Mais là ne s’arrête pas -hélas !- la nuisance tunisienne. Conscient que la Société civile du SMSI restait vigilante sur les aspects liés aux droits de l’Homme, le Président tunisien et son entourage ont placé leurs « hommes de main » -parmi lesquels les femmes sont particulièrement actives- dans tous les rouages du SMSI, depuis le Secrétariat exécutif jusque dans les instances de la société civile, comme l’attestent ces « ONG de nouvelle génération » entrées en nombre dans la deuxième phase du SMSI. La plupart de ces soi-disant ONG ont eu comme seule stratégie de noyauter les Caucus et groupes de travail et de miner ceux qui ne leur semblaient pas « conformes ». Leurs attaques se sont même portées sur des membres de la SC suspects à leurs yeux de soutenir la lutte des militants tunisiens des Droits de l’Homme. Ils ont ainsi gêné voire interrompu les interventions de ces membres, même dans les plénières de la SC, même sur des thèmes éloignés des droits de l’homme en Tunisie.
Il est dès lors clair que si la « société civile tunisienne » se comportait de cette manière « à l’extérieur », elle aura les coudées encore bien plus franches lorsqu’elle « jouera à domicile ».
Voilà donc quelques motifs objectifs pour expliquer la position de CSDPTT.
Comme par ailleurs nous ne disposons pas d’une trésorerie qui nous permette de financer notre participation à Tunis (voyage + séjour), il m’est difficile de quémander des fonds auprès de sponsors éventuels pour une participation à un événement se déroulant dans des conditions que notre association réprouve. D’autant plus qu’à ces motifs tuniso-tunisiens, s’ajoutent d’autres.
Ainsi le PrepCom-3 a montré une fois de plus les limites du « partenariat multiple », la SC étant toujours reléguée au rang subalterne comme le montre à l’évidence le temps de parole qui lui a été assigné dans les plénières inter-gouvernementales : 15 minutes par session de six heures ! Et dans les groupes de travail son maintien après son intervention -5 minutes au début de la réunion- était soumise au bon vouloir du président !
Autre dérive constatée au PrepCom-3 : la SC est de plus en plus « noyautée » par quelques éminences qui jouent généralement « perso », à l’instar du coordinateur du Groupe de travail B de la société civile, alors que les attributions de ce groupe de travail étaient d’une importance capitale pour les objectifs du SMSI, puisqu’il devait proposer des solutions à même d’assurer une mise en œuvre réelle des objectifs du Plan d’action de Genève et de mettre en place un organisme capable d’en assurer l’évaluation et le suivi.
Cette évolution est une régression grave dans l’implication réelle de la SC au SMSI et devra être redressée dès l’après-Tunis.
CSDPTT suivra donc le Sommet de Tunis à distance et continuera à être présente et active dans la phase ultérieure qui devra marquer plus concrètement l’insertion des objectifs du SMSI dans ceux -beaucoup plus importants et universels- des Objectifs de la Déclaration du Millénaire (ODM). C’est la seule manière de pérenniser un processus associant la Société civile à ses travaux et à l’évaluation de ses résultats, en vue de réduire la pauvreté dans le monde et donner une éducation aux enfants des pays en développement, car ils en seront leur avenir.

Jean-Louis Fullsack
président de CSDPTT

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