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TRIBUNE LIBRE Télécommunications, halte aux privatisations ! Moratoire sur la privatisation des télécommunications en Afrique

jeudi 20 octobre 2005, par Bruno JAFFRE

Par Youssouf Diop


Ce texte est une communication effectuée à l’occasion du Forum des Peuples pour un autre Mali, qui s’est tenu à Bamako du 6 au 9 juillet 2005. Cette initiative qui a rassemblé des participants d’une quninzaine de pays a été organisée par la Coalitions des Alternatives Dette et Développement (CAD-Mali), un Réseau d’organisations de la société civile malienne (fédérations, syndicats, organisations professionnelles, ONG et associations) proposant des alternatives aux problématiques Dette et Développement, Mondialisation et Néo-libéralisme.

Ce texte a été initialement édité à l’adresse http://www.penserpouragir.org/article.php3?id_article=165.

On notera que l’auteur cite Mme Chéneau Loquay mais omet de signaler que de nombreuses phrases de ce texte ont été textuellement empruntés à l’article de Bruno Jaffré intitulé "Elements pour Un bilan des Privatisation des Telecommunications africaines" disponible à l’adresse sur notre site http://csdptt.org/article270.html

La rédaction


Les privatisations du secteur des télécommunications ou la rentabilité à tout prix. Perspectives de résistance.
A entendre certains responsables, on a comme l’impression que la privatisation constitue l’unique voie de résolution des problèmes des entreprises publiques. Dès que des difficultés de gestion surviennent dans une société, l’Etat ne cherche guère des solutions alternatives, inévitablement ladite société passe dans la casserole de la privatisation.

Les télécommunications sont devenues le centre nerveux de l’économie mondiale. Un nouveau défi pour les pays du tiers monde, aux réseaux parfois presque inexistants. En s’équipant à tour de bras, les pays nouvellement industrialisés du sud est asiatique montrent cependant tous les avantages qu’on peut tirer de ce bond en avant.

A entendre certains responsables, on a comme l’impression que la privatisation constitue l’unique voie de résolution des problèmes des entreprises publiques. Des que des difficultés de gestion surviennent dans une société, l’Etat ne cherche guerre des solutions alternatives, inévitablement la dite société passe dans la casserole de la privatisation.

D’où le renforcement de l’idée selon laquelle certaines privatisations sont dictées par la volonté des bailleurs de fonds qui ont souvent des collisions d’intérêt avec leurs relais locaux. C’est pourquoi il est parfois nécessaire que l’Etat exprime clairement son désir des privatisations pour mieux la coller à la réalité sociale.

Comment pourrait on expliquer que l’Etat se désengage d’un secteur productif, de croissance novateur, à un moment ou la forte dynamique du développement technologique ouvre des perspectives commerciales attrayantes. Les télécoms nouvelles valeurs spéculatives juteuses.

Partout sous pression de la banque Mondiale ou du fond Monétaire international l’ouverture du marché des télécommunications est une des conditions premières pour obtenir les prêts et ajustement structurelles, jamais un choix national.

Dans la plupart des cas en Afrique la privatisation s’effectue alors que le service public nécessaire n’est toujours pas réalisé à savoir le raccordement de tous les villages. La durée d’attente d’une ligne téléphonique en Afrique est en moyenne 3 ans Moins et en Afrique sur 50 à un accès téléphonique direct.

Il faut surtout beaucoup inventer dans les infrastructures pour permettre aux télécoms africains d’être compétitives. Cela étant il reste difficile d’attirer les investisseurs sur un fond d’infrastructure de télécommunication sous développé.

L’Etat dans sa politique de privatisation ne doit nullement pas s’éloigner de la mission de service publique que consistent les sociétés de télécommunication en Afrique.

La connectivité

L’extension des lignes téléphoniques constitue un aspect de la connectivité mondiale. Elle est synonyme de développement en Afrique rurale au réside 70℅ de la population.

Etant donner que la possession du téléphonie a été jusqu’à pressent à l’élite urbanisme, il importe que les décideurs politiques s’assurent que l’infrastructure de télécommunication vise la majorité de la population rurale.

De nouvelles technologies sont disponibles pour considérablement améliorer, la connectivité pour les télécommunication et les réseaux d’information en Afrique.

Ces nouvelles solutions utilisent les Satellites, le câble cellulaire, la fibre optique et surtout offrent des possibilités de communication largement améliores, aux volumes et une vitesse de connectivité meilleures a moindre coût. Certes pour que l’accès universel aux télécommunications soit une réalise en Afrique les gouvernements doivent se décider de relâcher le contrôle réglementaire.

Le crash du secteur dans certains pays qui se sont sépares de leur multinationale est une opportunité de remettre en cause une politique de désengagement total de l’Etat dans le secteur. Toute fois la privatisation va entraîner une mainmise des multinationaux sur le réseau national.

Alternatives

Les alternatives se profilent d’elles-mêmes bien que l’investissement nécessaire soit très important. L’alternative doit être pense par la combinaison des actions suivantes La coopération publique/ prive fondée sur un réseau de compétences et de cadres motives. Une coopération base sur un partenariat opérateur prives et opérateur public.

L’Etat doit assurer le dirigisme pour privilégier les investissements rentables a long terme L’opérateur public s’occupera de la gestion et le développement des infrastructures de télécommunications La commercialisation des ressources de télécommunication doit être réserve aux opérateurs prives qui vont nécessairement utiliser les infrastructures publiques.

Au Mali actuellement, la société de télécommunication (SOTELMA) connaît une crise d’orientation liée a beaucoup de facteurs : La panique des cadres de la société face à une concurrence inhabituelle.

La hantise de la privatisation annoncée dont personne ne connaît les contours Une bureaucratie lourde entraînant une inertie dans la prise de décision.

Monsieur les décideurs politique, les privatisations n’ont pas rencontré l’assentiment de toutes les composantes de la société.

Les opérations de privatisation des télécommunications conduites sous l’égide des institutions financières internationales en Afrique n’ont pas connu le succès qu’on espérait "Les opérations de privatisation des télécommunications ont certes permis ici et là de générer de l’argent, mais cet argent n’a été pas investi dans le développement des télécommunications. Il a plutôt servi, sur les conseils du FMI et de la Banque mondiale, à payer les dettes des Etats", Elles sont applaudies d’un côté tandis que de l’autre elles sont fortement décriées.

Mieux, l’Etat ne peut en aucun cas se départir des domaines aussi primordiaux pour sa souveraineté comme les télécommunications, les relations internationales et l’aspect monétaire. Seulement, chaque Etat doit choisir en toute responsabilité sa ligne de conduite des opérations de privatisations en vue d’éviter les situations dramatiques.

Les opérateurs historiques

Ainsi contrairement à ce qu’affirment les libéraux pour se justifier, la privatisation ne permet pas de développer les télécommunications des pays pauvres qui ont besoin de financement et ne sauraient donc en constituer l’unique solution. Elle permet par contre aux multinationales, souvent anciens opérateurs historiques, de s’installer dans des pays obligés de s’ouvrir par les accords de l’OMC, d’entrer dans le capital des opérateurs les plus rémunérateurs et de rapatrier ainsi une partie des bénéfices réalisés en position de monopole et de compenser ainsi les pertes subies sur leur marché d’origine.

En Afrique, dans des conditions particulières où la France détient nombre de positions, France Télécom, issue d’une administration publique chargée de la coopération avec les pays « amis » , va se transformer en opérateur offensif dont la stratégie consiste à prendre des parts de capital dans les opérateurs historiques des pays déréglementés en vue de faire du "business".

La présence française doit bien sur profiter aussi à Alcatel et d’autres constructeurs plus petits ainsi qu’à des bureaux d’études comme la SOFRECOM (Société Française d’Etudes et de Réalisation d’Equipements de Télécommunications) ou le bureau Yves Houssin, aussi très actif en Afrique. Un véritable dispositif se met alors en place au sein de France Télécom. FCR (France Câble et Radio) et la SOFRECOM qui remportaient la plupart des marchés d’études en Afrique francophone sont réorganisés afin d’en faire deux filiales complémentaires, alors qu’elles se faisaient parfois concurrence sur le terrain.

Des changements vont donc être engagés pour en faire deux instruments de la politique d’expansion de France Télécom à l’International. Dans cette stratégie, l’Afrique est, à cette époque, plutôt considérée comme marginale par rapport à la rentabilité escomptée en Asie en Amérique Latine et en Europe.

En augmentant la bande passante sortante du Sénégal d’abord jusqu’à 45 Mb, puis à 90 Mb et tout récemment en novembre 2003 à 310 Mb, alors que les autres pays de la région n’ont souvent qu’un accès de 2 ou 4 Mgbits, il semble que FT veuille jouer le rôle d’opérateur de transit pour les communications internationales et Internet en captant le trafic de la région.

En effet des fibres optiques sont tirées actuellement entre les capitales africaines (Ouagadougou, Bamako, Kayes, Dakar) et le câble Sat 3/ Wasc/ Safe ceinturant l’Afrique reliant l’Europe et l’Asie est en voie d’achèvement. Privés de ses niches les plus rentables on se demande comment la SOTELMA pourra continuer à jouer son rôle de service public et la poursuite des connexions des zones rurales coûteuses avec une concurrence aussi efficace que celle de France Télécoms qui la privera d’importantes recettes.

Quant aux classes dirigeantes, et leurs nombreux « prédateurs », des pays où les opérateurs étaient les plus prometteurs, la privatisation ne les empêche pas de continuer à toucher leur rente, soit par les dividendes qu’ils touchent en tant qu’actionnaires, soit en continuant à ponctionner le trésor public nouvellement alimenté par les dividendes au titre des parts que conserve l’Etat dans l’opérateur du fixe.

Enfin et ce n’est pas des moindres de l’utilité de privatisations imposées par le Fonds Monétaire international, les énormes sommes versées lors des privatisations ne sont pas investies dans le développement des télécommunications, puisqu’elles sont versées au Trésor Public.

Elles sont ainsi disponibles ponctuellement pour les prédateurs les mieux organisés mais surtout elles permettent de rembourser une partie de la dette... N’est-ce pas là le rôle assigné au Fonds Monétaire International ?

Le Sud et les autoroutes de l’information

« On estime que vers 2010, la quasi totalité du trafic téléphonique mondial sera internétisée ». C’est-à-dire que les communications vocales de téléphone à téléphone emprunteront, à un moment ou à un autre, les autoroutes de l’information. Les opérateurs de l’Internet vont monter en puissance en devenant également des transporteurs de trafic vocal.

Les conséquences de ce bouleversement technologique seront considérables. Plus de négociations bilatérales entre pays. Il n’existera qu’un grand tout le nuage Internet, auquel il faudra se connecter.

Les appels seront acheminés par tel ou tel opérateur, au gré des accords contractuels entre fournisseurs d’accès Internet. Chaque pays devra négocier sa connectivité Internet, y compris celle du téléphone appelé VOIP (Voice Over Internet Protocol) dans une relation client à oligopole.

On peut prévoir d’âpres négociations commerciales avec les grandes compagnies comme WORLD COM, ATT ou Câble et Wireless. Le bilan pour les PED risque d’être particulièrement sévère. Hier ils recevaient 50% des bénéfices générés par des appels téléphoniques. Demain ils devront payer 100% de tous les coûts de communication.

Cette mutation se traduit par une perte de recettes pour les pays en développement à la merci du re routage.

Ces pratiques sont peu connues et mériteraient l’apport, pour une description détaillée, de professionnels de la facturation des communications internationales. Il semble en effet qu’elles ont eu pour effet de déposséder les opérateurs des PVD de la maîtrise des circuits des communications internationales mais aussi que ces opérateurs se trouvent à la merci de routeurs peu scrupuleux faute d’une connaissance précise des mécanismes en cours.

Annie Chéneau Loquay écrit : « Autre exemple de cette emprise extérieure, la remise en cause unilatérale, par les Etats-Unis, de la taxe qui répartissait à peu près à égalité les revenus des appels internationaux entre l’émetteur et le récepteur.

Cette remise en cause occasionne une perte de ressources parfois considérable pour les pays les plus pauvres, ceux qui reçoivent plus d’appels qu’ils n’en émettent : « Pour une fois la pauvreté payait. (...) Recevoir des appels internationaux était pour certains leur plus importante industrie d’« exportation » : en 1996, ces pays recueillaient quelque 10 milliards en devises extérieures.

Depuis, courant 2002, le marché totalement libéralisé, les Etats-Unis ne paye plus au Sénégal qu’entre10 a 13 cents pour une minute de trafic, au lieu de 1,8 dollars en 1996. Pourtant, le déficit des Etats-Unis dans le trafic international est largement dû à leurs opérateurs qui proposent aux abonnés du monde entier des solutions illégales dans la plupart des pays : le rétro appel (call back) et le re-routage (passage de la communication par un pays tiers.

Explorer de nouvelles pistes

N’est-il pas temps d’instaurer un moratoire sur les privatisations et de faire un bilan des premières privatisations avant d’aller plus loin alors que les résultats apparaissent pour le moins nuancés et que de nombreux pays éprouvent des difficultés à trouver des partenaires stratégiques ? Mais surtout les Etats ne doivent-ils pas retrouver la maîtrise de leur politique nationale y compris dans le domaine des télécommunications ? Et ce d’autant plus que dans un certain nombre de pays, la démocratie progresse permettant à la société civile de commencer à jouer son rôle de contrôle citoyen même si de nombreux progrès restent nécessaires. Une piste n’a pas été explorée, celle de la refondation des services publics des télécommunications.

Elle paraît certes aujourd’hui difficile compte tenu des fortes pressions exercées par les institutions de Bretton Woods mais elle permettrait d’espérer une meilleure prise en compte des besoins des populations. Pourquoi ne pas laisser se développer des opérateurs historiques restés propriété publique mais qui cette fois s’appuieraient non seulement sur une mobilisation du personnel motivé, mais aussi de sa population qui a montré, lorsqu’il le faut, sa capacité à s’investir physiquement mais aussi financièrement.

Les opérateurs qui pourraient bénéficier de prêts avantageux auprès des Banques Nationales ou Interafricaines et d’une coopération rénovée s’appuyant sur des partenaires extérieurs tout aussi motivés et sur une aide au développement plus importante comme le réclament depuis longtemps les sociétés civiles d’Europe et d’Afrique ?

N’est-il pas temps de libérer « le génie créateur du peuple » selon l’expression de Thomas Sankara.

Plus récemment Aminata Traoré a écrit que « la réhabilitation de notre imaginaire violé est un enjeu à la fois économique, politique et civilisationnel » et précise plus loin : « Le détournement des ressources africaines de la satisfaction des besoins vitaux des populations, la dépendance financière, technologique et politique, la dépossession des chercheurs et décideurs des outils théoriques et des cadres analytiques indispensables pour comprendre nos sociétés comptent parmi les maux dont on ne vient à bout qu’en imaginant ou en optant pour un autre monde ».

Par Youssouf Diop

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